« NEGRE JE SUIS, NEGRE JE RESTERAI » : une condition assumée et transcendée par le talent littéraire et politique

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Aimé Césaire a acquis une dimension « hors du commun ».

Il est l’un des hommes du siècle, une grande figure du monde noir au côté de son ami Léopold Sédar Senghor, de Martin Luther King, de Cheikh Anta Diop, de Joseph Ki-Zerbo, de Patrice Lumumba ou de Nelson Mandéla. Il a assurément sa place au Panthéon des progressistes de l’humanité. Il restera pour toujours l’un des chantres de la négritude lui qui a fondé avec Senghor, Léon Gontran Damas et Birago Diop le journal « L’Etudiant noir » en 1934. Poète et écrivain, ses œuvres majeures : « Cahier d’un retour au pays natal »  (1939) et « Discours sur le colonialisme » (1950) sont des œuvres intemporelles étudiées aujourd’hui dans les plus grandes universités.

Le gouvernement lui a rendu des obsèques nationales et un hommage mérité mais nous n’oublions pas que sous les régimes de droite (de de Gaulle à Giscard d’Estaing), il n’a jamais reçu cette reconnaissance (et a subi plutôt une censure colonialiste). Césaire non plus n’oublie pas. « Nègre je suis, nègre je resterai » claque comme un coup de poing, il reprend son parcours et reste fidèle aux convictions qui l’ont porté toute sa vie (Nègre je suis, Nègre je resterai, entretiens avec Françoise Vergès, Albin Michel, 2005)

Il restera pour nous, combattants de l’équité en politique, un prodigieux exemple, un homme politique de premier plan : conseiller général, maire de Fort-de-France, député de la Martinique. Il a fondé le PPM (Parti progressiste martiniquais) après avoir quitté le parti communiste – sous le choc de l’invasion de la Hongrie par les Soviétiques en 1956- et a préféré la départementalisation, l’autonomie à l’indépendance de son île. Son peuple martiniquais, qui le vénère,  ne lui en tiendra pas rigueur et le réélira sans discontinuité de 1945 à 1993 tant il a fait preuve de vision, de combativité face à l’adversité du racisme et de la ségrégation territoriale, tout en bâtissant sa ville et son département.

Frantz Fanon et Edouard Glissant qui furent ses élèves ont été marqués par l’anticolonialisme, le respect des droits de l’homme et la défense des libertés de cet homme d’exception.

Agrégé de grammaire, c’était un homme d’une immense culture qui a su déjouer les pièges du ressentiment et de la rancune historique concernant l’esclavage. Chamoiseau, Confiant et Bernabé ont écrit : « La négritude césairienne est un baptême, l’acte primal de notre dignité restituée. Nous sommes à jamais fils d’Aimé Césaire ».

Aimé Césaire a rendu leur noblesse, leur fierté à tous les Domiens et a réhabilité la culture créole tout en intégrant l’héritage africain. Cette Afrique avec laquelle il s’était réconcilié et qu’il avait appris à aimer grâce à l’amitié qui l’unissait à Senghor à qui il dédiait Pour saluer le tiers monde :

 

Je vois l’Afrique multiple et une

verticale dans la tumultueuse péripétie

avec ses bourrelets, ses nodules

un peu à part, mais à portée

du siècle comme un cœur de réserve.

 

Sa réflexion sur la négritude, il l’a partagée et confrontée à celle d’écrivains Africains-américains et Africains. En Afrique et aux Etats-Unis, il fait partie du Gotha des poètes et écrivains. Ce grand humaniste universaliste, fondateur de la revue Présence africaine avec Alioune Diop est passé par le surréalisme d’André Breton qui l’avait consacré « Nègre fondamental ». Il était admiré de Jean-Paul Sartre et de Michel Leiris et de bien d’autres.

 

La République porte le deuil de cet homme pétri de dignité, d’un talent littéraire et poétique incontestable, d’une volonté et d’une vision politique qui ont éclairé bien des consciences durant ce siècle. Nous sommes au sein d’EQUITE au cœur du socialisme, les dépositaires et les défenseurs de cette diversité républicaine que Césaire a conjuguée avec l’universel.

 

Louis Mohamed SEYE,

Délégué national à la Francophonie du Parti socialiste

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